Têtes de Maures
La Ville de Zurich veut pouvoir recouvrir les inscriptions racistes sur ses bâtiments historiques. Ce droit lui ayant été contesté, elle a finalement obtenu gain de cause devant la justice. Nous avons lu cela dans la presse.
Curieuse affaire… Lorsqu’il est question d’inscriptions racistes sur des bâtiments, vous pensez, tout comme nous, à des graffitis hâtivement griffonnés par quelques skinheads. Et vous vous demandez qui peut bien contester devant un tribunal l’effacement de ces propos généralement peu charitables et dont on comprend qu’ils s’inscrivent difficilement dans une politique du «vivre ensemble».
Eh bien vous n’y êtes pas du tout! Ce que les autorités zurichoises qualifient d’ «inscriptions racistes» sont en réalité des dénominations historiques du siècle passé, élégamment gravées sur deux façades de la vieille ville: «Zum Mohrenkopf» et «Zum Mohrentanz». Ces mots dépassent ce que l’humain moderne peut supporter; ils brûlent douloureusement sa rétine si fragile, font défaillir son cœur si tendre et risquent de le faire choir de son vélo. C’est pourquoi les élites roses-vertes des bords de la Limmat, avec un empressement digne des plus rigoristes des mollahs iraniens, ont décidé de voiler ces propos immoraux en les cachant sous des «plaques explicatives» – où nous lirons sans doute: «Ci-dessous figure une inscription raciste.»
Le problème, avec les inscriptions racistes, c’est qu’il en revient tous les jours. Après avoir pudiquement recouvert celles du siècle passé, il faudra s’occuper de toutes celles qui fleurissent aujourd’hui, souvent liées aux conflits qui opposent certaines communautés à travers le monde. Il va falloir apposer beaucoup de «plaques explicatives» un peu partout. Chacun sera alors curieux de savoir ce qu’elles cachent et chacun voudra en soulever un coin pour «guigner» dessous. Nous obtiendrons ainsi de véritables calendriers de l’Avent urbains et toute la ville ne parlera plus que de «ça», au grand dam des experts en recherches sociologiques qui espéraient que plus personne n’en parle.
Au sommaire de cette même édition de La Nation:
- La technophilie du Conseil des Etats – Editorial, Félicien Monnier
- Transports au ralenti – Jean-François Cavin
- Croissance administrative – Jean-François Cavin
- Noyade de la littérature? – Jacques Perrin
- Le Lieutenant Conrad – Lars Klawonn
- De quelques croyants et de leurs interactions - Essai de micro-œcuménisme – Olivier Delacrétaz
- Définition et diffusion du wokisme – Lionel Hort
- La langue française dans les services de l’Etat – Jean-Blaise Rochat