Remise à l'ordre de "Réformés"
Dans son édition de mars 2026 consacrée aux particularismes romands, le journal Réformés affiche en couverture une caricature de Barrigue, montrant Jésus se disputant avec ses disciples sur la dénomination (trognon, croûpion, crotchon, pain) de la miche qu’il va rompre. Ce dessin a poussé le Conseil Synodal à faire part de sa «forte exaspération» par lettre ouverte au journal1. Il déplore une caricature «d’un goût douteux sinon choquant. […] Force est de constater que Réformés multiplie les sources d’agacement de son lectorat, si l’on en croit les messages de fort mécontentement qui nous sont parvenus. Interpeller le lecteur certes, l’indigner gratuitement, non.»
Ce dessin n’est ni plus choquant – ni plus drôle d’ailleurs – que la «Peinture fraîche» habituelle de la quatrième de couverture: des phylactères ajoutés sur une reproduction de tableau célèbre prêtent des propos anachroniques et mesquins aux personnages représentés. Cette fois, les disciples de La pêche miraculeuse de Konrad Witz s’expriment en chauvinistes genevois, raillant Zurich de manière agressive. On est loin d’un partage de la joie pascale entre Confédérés réformés.
Le reportage consacré en page 7 à une soldate du Kurdistan syrien nous semble plus problématique. La guerre, y lit-on, «fait partie de l’identité» de cette «combattante aguerrie», volontaire depuis ses douze ans: «Avec mon arme sur l’épaule, je me sens sûre de moi. Et quand tu entres dans le combat, toute la tension, toute la peur disparaît avec la première balle que tu tires.» Mais voilà sa «position menacée» par le cessez-le-feu conclu avec le nouveau gouvernement syrien, qui compte sur les forces armées kurdes pour maintenir l’ordre dans la province. Mais pas question pour cette combattante de collaborer avec «ceux qui ont une mentalité proche de celle de l’Etat islamique» et qui refusent les femmes dans leurs rangs armés.
On ignore à peu près tout de la situation politique et religieuse de cette région; ceci n’empêche pas les femmes qui y vivent de mériter notre respect et nos prières. Mais que Réformés fasse l’éloge d’une ancienne enfant-soldat, refusant de déposer les armes à la suite d’un processus de pacification, est infiniment plus choquant que le dessin de couverture. A quoi bon le chœur des anges appelant à la paix sur la terre aux hommes de bonne volonté2?
Selon sa charte rédactionnelle, Réformés a pour objectif «de faire rayonner les valeurs et augmenter la visibilité du protestantisme en contribuant à la mission de l’Eglise». Le reportage sur cette combattante kurde n’y contribue en rien. Ajouté aux incessantes provocations rédactionnelles dénoncées par le Conseil synodal, ceci devrait pousser l’EERV à considérer une utilisation peut-être plus judicieuse des 780’000 francs de subventions annuelles attribuées à cette publication.
Notes:
1 EERV fl@sh n° 440, mars 2026.
2 Luc 2/14.
Au sommaire de cette même édition de La Nation:
- Complaisance pour l'extrême-gauche – Editorial, Félicien Monnier
- La contribution de la Suisse dans le paquet d'accords avec l'UE – Lionel Hort
- Pavillons acentrés – Benjamin Ansermet
- Philippe Jaccottet — Voir juste pour vivre juste – Yannick Escher
- Les Cahiers de la Renaissance vaudoise ont cent ans (4) – Yves Gerhard
- Le dilemme des écologistes – Olivier Delacrétaz
- Plan d'action LGBTIQ cantonal – égalité de droit et égalité de fait – Pierre-François Vulliemin
- Une immense découverte – Félicien Monnier
- La neutralité armée de la Suisse sous Armée 61 – Xavier Panchaud
- Trop lait – Le Coin du Ronchon
